Les gens ne supportent pas qu’on soit méchant avec eux. Mais ils supportent encore moins qu’on soit gentil. Soit ils ne peuvent l’accepter, soit ils en profitent. Pas méchant méchant. Mais pas gentil gentil non plus. Je suis allé interroger les hommes ; parfois ils ne m’ont pas répondu. Parfois ils m’ont déçu. Parfois ils m’ont comblé. J’aime bien faire les questions et les réponses ; que les réponses correspondent à mon attente. Tous ceux que j’ai aimés en silence ou dans l’absence.
Les gens font ce qu’ils veulent et sont ce qu’ils peuvent. Vouloir changer les autres, c’est totalement impossible. Vouloir se changer soi-même est la chose la plus difficile du monde. Je ne refais pas ma vie. Je reste celui que je suis et que je suis devenu sans précisément le vouloir. Les uns ne s’intéressent pas beaucoup aux autres.
Les pensées qui vagabondent en fait se construisent. Les gens qui s’ignorent finissent parfois par se découvrir. Ce qui me passionnait ne me passionne plus. Ce qui ne me passionnait pas a commencé à me passionner. Souvent j’ai cessé d’être celui que j’ai été. Je suis devenu ce que je n’étais pas. J’ai cessé d’aimer qui j’aimais ou commencé à aimer qui je n’aimais pas. Ces choses qui faisaient rire chacun ne font plus rire personne ; d’autres qui ne faisaient presque plus rire personne se mettent à faire rire le plus grand nombre. Tout ce que je suis ou qui m’entoure n’a été que changeant et contradictoire. Ayant vécu dans le changeant et le contradictoire, il faut maintenant vivre dans le relatif. Soit nous partageons tout ; soit nous ne partageons presque plus rien. On aime ceux qui présentent un certain degré d’identité avec vous. Le désir de la connaissance de l’autre est-il vraiment volonté de connaissance de l’autre ou simplement investigation de la connaissance de soi ? Si tu offres trop, tout est acquis à l’autre ; il n’a plus rien à donner. Quand ma porte t’était ouverte, quand tout t’était offert, tu n’en as pas profité. S’il t’arrive des ennuis, ne frappe pas à ma porte, on ne t’ouvrira pas.
On ne sait jamais ce que la vie nous réserve mais on en apprend tous les jours. Il y a assez de choses dont je me souviens pour oublier celles que j’oublie. Les hommes qui ont des défauts ont des défauts. Les gens qui ont des défauts pourraient en avoir plus. Que l’autre existe encore en dehors de soi. Que l’on existe encore en dehors de l’autre. On a souvent l’illusion qu’on va parler de quelque chose avec quelqu’un avec qui on ne parle jamais de rien. La plupart des relations humaines ne sont que des séries de malentendus. Je vais vous raconter des histoires qui n’ont rien à voir avec ce que je raconte. Et vous ne saurez pas pourquoi je vous les raconte. On me parle parfois des gens mais en général je ne sais pas qui sont les gens. Et les gens souvent encore moins qui je suis. On ne sait pas qui est l’autre justement parce qu’il parle de lui. Pour comprendre de quoi on parle quand on parle des gens, il faut déjà savoir qui sont les gens. Apparemment, tout excuse tout, en fait rien n’excuse rien. Par exemple ce qui se passe par exemple est ce qui se passe par exemple. Par exemple. Les uns ne donnent pas aux autres la possibilité de les identifier et les autres ne se laissent pas identifier par les uns. Ce qui est ennuyeux c’est que la plupart des uns sont devenus les autres. Il ne faut parler ni de son travail, ni de sa vie personnelle, ni de rien. Les gens n’en induisent que des interprétations et des confusions. La beauté c’est autre chose. L’amour c’est autre chose. Le désir c’est autre chose. Le plaisir c’est autre chose. Le bonheur c’est autre chose. La gentillesse c’est autre chose. La bonté c’est autre chose. Autre chose c’est autre chose. Et maintenant. Moi-même c’est autre chose. Autre chose que le visage attendu de soi. Ce qu’il est tout de même ; qu’on soupçonne qu’il est. Ce qui est évident n’est pas ce qui est évident mais les différents arrières-plans de ce qui est évident. Et les autres ont peur d’être entraînés dans mes sentiers qui évidemment sont battus.
Avant de venir sur Terre, je ne m’attendais pas à ce que les hommes me fassent un si mauvais accueil. J’avais un profil socio-psychologique difficile à défendre. Les gens m’ont dit que j’étais bizarre. Ils m’ont fait penser que j’étais bizarre. Mais en fait c’est eux qui sont bizarres. Quand je vois ce qu’étaient les hommes et ce que j’avais à leur proposer, il était sûr que ma vie ne serait pas facile. Les hommes ne voulaient pas de moi. Mais ce que les hommes avaient à me raconter n’était pas si intéressant… C’est donc cela ma vie ! Je ne m’y serais vraiment pas attendu.