ÉVÈNEMENTS

J’aime poursuivre des termes qui ne tiennent pas debout. Je n’insiste pas sur mon cas. J’aime passer d’un extrême à l’autre. J’ai encore pris des décisions que je ne tiendrai jamais. Tout ce qu’il y a de contradictoire autour de moi y autorise. Il y a dans la vie une dizaine de choses au moins qui ne sont pas mon problème. On ne se méfie jamais assez de ce qui se passe dans la tête des autres. Je ne sais jamais si leurs idées et les miennes sont bonnes. Nous ne pensons pas la plupart des choses que nous disons ; nous ne disons pas la plupart des choses que nous pensons. Si nous avions pu être amis dans une autre vie, avec une autre histoire ? Mais d’abord ils n’ont pas honoré celle-ci. Comme ceux qui n’ont pas honoré la vie qui leur était proposée. Les gens en général agissent pour des raisons quelconques qu’ils ne connaissent pas eux-mêmes. Chacun a une quotidienneté très différente et une représentation très approximative de la quotidienneté des autres. Tout ce qui n’est pas un problème peut devenir un problème. Les choses ne se passent jamais comme on les attend. Il faut arrêter de paniquer du simple fait d’exister. Ce sont des constructions d’un pessimisme ou d’un optimisme échevelés, démentis par la suite. Démarches imaginaires qui n’auront jamais lieu. On dose les personnages. J’ai refait plusieurs histoires pour les rendre satisfaisantes pour l’ego. Sans compter les heures secrètes où je n’ai plus d’entretien qu’avec moi-même. On en devient univoque. 

Il fallait que certains événements aient lieu et que les hommes se trouvent à leur rendez-vous. Il y avait des fois où les hommes n’étaient pas au rendez-vous et d’autres où ce sont les événements qui n’y étaient pas. Il y avait une vie peuplée d’un certain nombre de personnes, d’événements. Mais on s’apercevait qu’on s’était trompé de vie, de personnes, d’événements, qu’ils ne convenaient pas. J’ai dit cela, j’ai fait cela, j’ai été cela. Je ne peux le croire aujourd’hui.