On ne savait pas très bien de quoi il s’agissait, de quoi il pouvait s’agir. Une manière d’affirmer on ne sait pas très bien quoi mais d’affirmer. Un besoin d’affirmer quelque chose parce qu’on n’a rien à affirmer. On affirme ce qu’on peut affirmer mais ça n’a pas lieu, il n’y a pas de nécessité. D’autres ont vraiment quelque chose à affirmer. Quelles affirmations positives ? Quelles exclusions ? Quoi ? Comment ? À défaut de pouvoir s’affirmer dans des considérations positives, on dénigre ; d’où une adhésion plus militante sur des thèmes plus simples. À force de vouloir être, on n’est plus rien du tout. Quelque chose nous retenait ou nous était rendu. L’homme différent oublie tout ce qu’il a dit, fait, été, pour devenir une nouvelle personne. Il a eu beaucoup de passions puis il a oublié ses passions. Il en a tiré chaque fois une vie nouvelle. Il a vécu un tellement grand nombre de fois. Il n’avait pas compris que les hommes avaient chaque fois voulu sa peau. Il a échappé à beaucoup de choses. On a essayé de le supprimer plusieurs fois. Ensuite on l’a contraint de partir. Il n’était qu’un simple homme, pas une très mauvaise personne. Il n’a pas été introduit chez les hommes. On n’était pas content parce qu’on voulait que quelqu’un soit là. Excusez-le d’exister. Il n’a jamais voulu faire de tort à personne. On a commencé à l’inquiéter, il ne savait pas pourquoi. On le recevait. À la première incartade il serait immédiatement évincé. Les hommes sont occupés à autre chose ; ils n’ont pas besoin de lui. Souvent il leur fallait trouver quelqu’un à détester ; lui regardait passer les nuages différemment d’eux, dispersait les brumes pour encourager les hommes. À chaque geste il faisait la poésie de la vie. Pourtant il ne savait pas lire un plan. Il ne savait pas exister. Chez lui l’ivresse est abusive. On lui a fait comprendre qu’il ne faisait pas ce qu’il fallait, qu’il n’existait pas comme il fallait. Il n’a pas pu donner les renseignements qu’il fallait. Comment sous un jour de bienséance, l’éviction se prépare ; non seulement sous couvert de bienséance mais pour des raisons de bienséance. Ils mettent en train la liquidation de l’homme différent : plan B23. Les plaisanteries 18 et 27 ne lui seront d’aucune utilité cette fois-ci. Il a contrecarré l’organisation. Il faut les débarrasser de cet homme, il dérange leur paysage. Faire disparaître ce témoin encombrant de la vie. La garde va s’occuper de lui dans un instant.
L’histoire qu’il raconte n’est certainement pas celle qu’il raconte. Ses souvenirs, sa mémoire en sont entièrement intactes. Il aurait bien aimé avoir des souvenirs d’enfance avec eux mais ils ne le voulaient pas. On ne peut pas comprendre ce qui est arrivé aux hommes ni ce qui lui est arrivé. Les hommes l’ont souvent abandonné ; parfois il les a retrouvés ; parfois pas. Ils ont pris ou pas la responsabilité de l’homme. Les hommes ont déçu les hommes. Pour la plupart, ils n’ont pas la même intelligence que lui. Ils vont où ils veulent, ils font ce qu’ils veulent. Ce qu’ils étaient et voulaient ne l’intéressait pas.
On ne peut pas empêcher les gens qui déconnent de déconner. Il y a des gens dont l’élément est de déconner et qui déconnent toute leur vie. Plusieurs fois il a lui-même déconné. On ne sait s’il a fait des bêtises avec les hommes ou si les hommes ont fait des bêtises avec lui… Quand on dit des bêtises on dit vraiment des bêtises. Beaucoup se sont mis à cultiver l’horreur des hommes pour les hommes. La douleur des hommes n’intéresse pas les hommes. Presque tout ce qu’il a fait ou décidé n’avait aucune réalité ni aucune nécessité. Tout ça a eu lieu, en fait rien n’a eu lieu. Il s’est excusé de presque tout ce qu’il a fait et été parce que les hommes n’en voulaient pas. Il en a presque cessé d’exister. Il ne sait si ce qu’il faisait valait la peine d’être fait ni si ce qu’il vivait valait la peine d’être vécu. Il ne ressemblait pas assez aux autres. Il n’a jamais su entrer convenablement en relation avec les hommes. Quand ils lui ont fait signe et sont réapparus, il ne les espérait plus. Il y a des gens qui disent les choses ; c’est un genre extrêmement rare. On dit ce qu’on peut dire. Les hommes expriment très peu ce qu’ils ont à dire. Ils ont certains mots pour dire ce qu’ils ont à dire. Ils parlent plus qu’on ne pouvait s’y attendre. On ne dit pas toujours aussi bien ou mieux les choses qu’on veut dire. On écrit souvent en pensée des textes qu’on ne retient pas. Il y a des choses qu’on oublie et dont on ne se re-souvient plus. On pense vouloir dire des choses qu’on ne dit finalement pas. Plusieurs fois les hommes lui ont fait oublier pour toujours ce qu’il allait dire. Plusieurs fois il n’avait pas encore décidé ce qu’il leur dirait et ne leur dirait pas. Il peut dire tout ce qu’il ne faut pas dire. Mais s’il dit ça, c’est pour dire quelque chose ; si vous voulez qu’il dise autre chose, c’est possible aussi. Il ne sait plus ce qu’il en est exactement de la vie. Il a entendu tant de choses contradictoires sur les hommes. On ne peut pas mesurer ce qu’ils se cachent entre eux. Il lit, il écrit, il voit de très belles choses de la vie. Il ne sait pas tenir sa langue mais, alors, il écrit des choses magnifiques. Le Bon Dieu lui a téléphoné une dizaine de fois. Ce qui signifie comprendre certaines choses. L’horreur de tout ce qui n’est pas comme eux s’est instituée chez les hommes. On ne critique pas tout mais presque tout. Le théâtre c’est dépassé, le cinéma c’est dépassé, la symphonie c’est dépassé, exister c’est dépassé. Il s’assied où on lui dit de s’asseoir, il mange ce qu’il a dans son assiette. Il ne faut jamais essayer de ramener un fou à la raison ou réveiller un somnambule. Il y a ce qui a à voir avec la vérité ou la réalité et ce qui est une incursion de l’imaginaire. Les hommes se racontent beaucoup d’histoires entre eux. Il n’a pas dit grand chose ou rien du tout. Il a des excuses pour la manière dont il a existé. Il n’est pas responsable : il a essayé de faire ce qu’il pouvait avec les hommes, ceux qui n’ont pas connu l’exil des autres hommes. Il lui est arrivé de gros ennuis avec eux. Il ne fallait pas aller les chercher. Ils se sont secourus ou se sont rencontrés entre eux. Il n’en faisait pas partie. Cependant il a dû souvent appeler les hommes au secours. Il est venu se réfugier chez d’autres hommes. Ils ne pouvaient souscrire à son attente. Il a aggravé son cas. Il a proposé aux hommes quelque chose dont ils n’ont pas l’habitude. Les cas qu’on connaît, c’est terrible. Mais alors ceux qu’on ne connaît pas ! Il ne parle pas des questions qu’il ne connait pas, c’est-à-dire qu’il ne parle de presque rien. Il ne veut même pas de mal aux gens qu’il ne connait pas. Il était clair à partir d’un certain moment ou qu’il devait s’occuper des hommes ou que les hommes devaient s’occuper de lui. Ce qu’on attendait de lui ? Il a laissé beaucoup de gens mécontents, certains satisfaits. Parfois les hommes l’en ont félicité. Ce qui est reçu et interprété, dès le début, des événements de la vie est entièrement différent selon les personnes. Chacun a une manière d’occuper la planète entièrement différente de la sienne. Il aurait aimé être dans quelque chose avec quelqu’un. Il vaut mieux être en contact avec quelque chose que n’être en contact avec rien. Il avait été tellement heureux d’être admis sur la planète et de rencontrer les hommes. On était détenu provisoire sur la planète Terre. Il voulait connaître des gens qu’il ne connaissait pas. Il a rencontré plusieurs personnes qui voulaient connaître des personnes. Il y a eu un moment où il a fait la connaissance de gens sympathiques sur lesquels il découvrait quelque chose. Par rapport à ceux qui savent tout sur tout, il sait peu de choses sur pas beaucoup de choses. Il a l’habitude d’entendre et de dire des choses inintelligibles mais cette fois il n’y était pas préparé. Ça lui explique quelque chose et en même temps ça obscurcit quelque chose. Aux gens qui ont compris beaucoup de choses, échappent beaucoup de choses. Une chose de plus qu’on ne pourra pas dire. On ne sait pas d’où ça vient, ni à quoi ça mène. Il a fait un certain nombre d’erreurs avec les hommes. Il ne leur convenait pas et ils ne lui convenaient pas. Il manque une case à la plupart des hommes. Il ne faut rien dire à personne ; il faut même cacher qu’on existe. S’il exprime ou montre trop ou trop peu par rapport à ce qui est attendu, il n’entre pas dans leurs conceptions. Il y a ce qu’il attendait des hommes. Mais ils devaient délibérer et lui dire ce qu’ils voulaient de lui. Précédemment, on ne savait plus très bien ce qu’ils étaient. On ne s’attendait plus à ce qu’ils pouvaient devenir. Mais ce n’étaient plus des hommes parce qu’ils ne voulaient plus de lui. Il était né pour être accueilli chez les hommes. Parmi eux, des personnes assez quelconques mais auxquelles on ne pouvait pas s’attendre, parce qu’elles ne remplissent pas les attentes. Il y a que les gens vieillissant ne sont pas jeunes, d’autres choses comme ça. D’autres, c’est leur jeunesse qui les handicape. Tout ce qui appartient définitivement au passé n’appartiendra plus jamais à l’avenir. On dit un texte qui n’entre jamais clairement dans le vif du sujet. On ne reprend pas un sujet, on passe à autre chose. Le texte n’est pas quelque chose mais le projet de quelque chose, au terme d’un amas de mots assez aléatoire ou imprévisible. L’homme a rencontré des personnes surprenantes de manières très différentes. Il a changé d’avis sur le changement d’avis. Il a cessé de se reprocher tout ce qu’il a fait et tout ce qu’il a été, de donner prise à ceux qui le mettaient en cause. Il ne faut pas enlever aux autres leurs illusions. Tout ce qui le préoccupe et le fait vivre, ce qui compte pour lui, n’a aucune importance. Sa position parmi les hommes n’a jamais été très assurée. Il y a des hommes qui sont vraiment des hommes par rapport à ceux qui ne sont pas des hommes, des hommes faits pour exister, encore intelligents, par rapport à ceux qui n’étaient pas faits pour exister. On ne sait pas si ce sont les hommes en général ou l’exclu qui sont dans l’erreur. Est-ce finalement en se conformant à une demande que l’homme est intègre ou en apportant quelque chose de nouveau ? Doit-il remplir l’attente ou se mettre à rebours ? En général les gens ont quelques idées bien établies auxquelles les éléments nouveaux n’adhèrent pas. On ne sait pas à qui on a à faire, qui veut qui et qui veut quoi. Qu’a-il fait encore aujourd’hui ? Il a apporté de l’eau à son moulin. Il a pensé à plusieurs personnes qui pourraient lui dérouler le tapis rouge de l’existence mais ça ne pouvait pas être le cas. Il a sauté au collet de l’autre en tout occasion. Beaucoup de gens sont comme ça. Il a peur d’avoir fait bien autant qu’aussi bien. Il avait sa place au début parmi les hommes mais on lui a retirée. Il découvrait qu’il était une provocation au genre vivant. La vie n’était pas gagnée à l’avance. Sa vie aurait pu beaucoup plus mal tourner. Il a fait un petit bricolage avec l’existence. Il n’arrivera jamais à oublier entièrement lui-même, même si c’est pour se souvenir qu’il n’existe pas. Il a fait de quelque chose d’ordinaire quelque chose d’exceptionnel. Était-il encore autorisé à sortir de chez lui ? À être ce qu’il était ; à parler ; à respirer ; à vivre ? Droit donné ou retiré. Exclusion ou acception, soit d’un comportement impulsif ou désordonné qui veut faire loi, soit d’une certaine ligne de conformité. Son interprétation est la bonne. C’est la seule. Les hommes ne méritaient pas tous les égards qu’il a eu pour eux. Il s’était trompé. Ce qui lui était arrivé n’était pas simplement pas facile dans ce pays mais pas facile du tout. Il aurait peut-être pu trouver cela plus facile dans un autre cas. Il lui est arrivé beaucoup de choses. Il y est pour quelque chose dans ce qui lui est arrivé ; vis-à-vis de ce qui n’était pas et de ce qui était quand-même. La chose dite, quelque chose se passe. Il est resté à certains égards assez naïf. On n’aime pas les naïfs. Les non-performants sont exclus.On doit donner ses papiers pour exister. La vie est courte et les hommes ne sont pas disponibles longtemps. Il ne faisait pas partie de ceux qui parlent entre eux. Les questions de lui-même avec lui-même n’étaient pas les questions de lui-même avec les autres. Il fallait bien se convaincre que les gens n’ont rien dans leur cervelle et que ce qu’il a écrit n’était pas pour eux. Ils ne savent jamais exactement ce qui se passe dans leur tête. Il était clair à partir d’un certain temps que les gens allaient lui jouer à nouveau un mauvais tour. Il ne se protège pas en particulier quand tout indique dans le comportement de l’autre que les choses tournent mal pour lui. Les gens n’ont pas compris qu’il était très occupé, entouré de personnes qui le connaissaient peu et ne lui voulaient pas beaucoup de mal. Il est allé parler à certains. Au départ ils étaient contents de lui. Pourquoi lui ont-ils cherché tant de défauts ? Là où il aurait peut-être pu tirer un ticket gagnant ou une place gratuite. Il n’avait pas pris son ticket d’entrée. La porte à côté, la place lui était refusée. Ou alors le passage s’ouvrait de manière tout à fait inattendue. Il ne s’attendait pas à ce que lui promettaient les hommes. Il ne pensait pas être si mal reçu par eux. Ce dont il revient est quelque chose dont on ne revient jamais. Peut-être les règles en vigueur dans la société n’ont jamais été son fait. Il a perdu l’habitude des hommes. Les hommes ne connaissent plus les règles des hommes. Ils ne disent plus que ce qui leur passe par la tête. Est-ce que ce sont les hommes qui ont quelque chose de plus ou de moins et en tiennent rigueur au personnage différent ou bien le personnage différent qui aurait lui-même un plus ou un moins ? Ils savaient qu’il appartenait au monde mais ils préféraient qu’il n’en fasse pas partie. Il n’avait pas les données pour ça. C’est l’originalité ou la singularité qui l’écarte de cette communauté d’hommes puis l’y réintègre. Il est doué d’une authenticité que le reste de la société ne partage pas. Il n’était pas sûr que ce qu’il disait était compris. Il croyait qu’il ne les intéressait pas. En fait ils ne le comprenaient pas. Les hommes ne veulent pas de l’indemne, intact de l’action de chacun. Ils veulent le compromis. Ils ne comprennent ni ce que sont ni ce que font les autres. L’homme différent a un peu compris ce qu’étaient et ce que faisaient les autres. Il a eu des problèmes avec les autres mais tous les hommes ont eu des problèmes entre eux. Ils n’ont plus l’habitude de s’amuser ensemble. Il paraît qu’il avait été assez gentil avec eux. Des hommes sur Terre ou dans la rue auxquels il ne s’attendait absolument plus l’ont reçu de nouveau, lui ont souhaité la bienvenue. Il en était devenu presque normal. Au terme de ces expériences, l’homme a mieux compris et accepté sa position, ce qu’il était et avait à faire ; les hommes peut-être aussi ? Ni lui ni eux n’ont au fond vraiment changé mais ils s’acceptent. Il a fait, même sans le vouloir, les gestes qui vont dans leur sens, montré de l’adhésion. Sa reconnaissance lui ouvre une nouvelle acceptation.